Autisme et troubles du comportement : les essentiels pour assurer bien-être et sécurité

Témoignage de Yvan MAURICE, Coordinateur de Service Plus à la Personne.

Yvan Maurice, vous coordonnez l’équipe des intervenants de Service Plus et êtes garant de la qualité des prises en charge. Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots quel est le rôle d’un intervenant spécialisé au sein de Service Plus à la personne ?

"L’intervenant prend en charge l’adhérent sur un créneau allant de 2 à 5 heures. Concrètement, sa mission est d’intervenir à domicile pour l’aider dans ses petits travaux du quotidien, d’encadrer les déplacements entre le domicile et les lieux de destination, et d’organiser des activités de divertissement adaptées. Quand il est en prestation, l’intervenant est garant du bien-être et de la sécurité de l’usager. Ce sont ses deux principaux points de vigilance.

L’objectif est de viser l’épanouissement. C’est ce pourquoi les parents font appel à nous. Tout l’enjeu est de créer les conditions favorables au divertissement et à la sécurité du jeune, tout en prenant en compte les situations qui le déstabilisent afin de prévenir les risques de troubles et de gommer le déclencheur."

"Il faut être attentif aux changements d’attitude et au langage du corps."

Compte tenu de ces responsabilités, que recherchez-vous en premier chez un intervenant ? Quelles sont les principales qualités requises ?

"Au-delà des connaissances de l’autisme (+de 80% de nos adhérents sont des jeunes avec autisme et troubles du comportement), un intervenant doit faire preuve de bienveillance, de vigilance,d’observation, et de sang-froid.

Les personnes qui ne connaissent pas bien l’autisme ont tendance à axer leur méthode sur le verbal. Or il faut savoir que l’autisme s’accompagne de problèmes de compréhension et de difficultés à appréhender les mots, les gestes, ou encore l’intonation... Dans ce cas, le verbal amène un sentiment de confusion voire de privation (impossibilité de comprendre et donc de s’exprimer), ce qui génère du stress et de la frustration qui peuvent déclencher une crise.

Il faut être attentif aux changements d’attitude et au langage du corps. Nouer une relation sur la durée permettra de mieux connaitre le jeune et ainsi de déceler plus rapidement ses besoins.

Enfin, un bon intervenant fait preuve de créativité pour sortir l’adhérent de la routine et l’ouvrir à des activités nouvelles. C’est en s’appuyant sur les informations que les parents nous donnent et les appétences naturelles que nous observons chez le jeune que l’on peut imaginer des activités qui lui correspondent au mieux et auxquelles il accroche. Sorties piscine, musée, activité manuelles… le tout est de rechercher le plaisir tout en assurant la sécurité du jeune."

"Nous agissons au cas par cas en tenant compte des besoins propres à chacun."

Comment agir pour favoriser le bien-être et l’épanouissement d’un jeune avec autisme ?

"Chaque personne est unique. Nous agissons au cas par cas en tenant compte des besoins propres à chacun. Mais c’est en se concentrant avant tout sur la communication, le plaisir et la sécurité que nous pouvons contribuer au bien-être des adhérents.

Au niveau de la communication, tout dépend des capacités du jeune. Avec les personnes qui maîtrisent le verbal, il faut respecter les modes de communication classiques. Mais pour les personnes non verbales, il faut commencer par leur donner les moyens de s’exprimer sur les besoins basiques (manger, boire, se reposer, aller aux toilettes,…) et sur son état, notamment s’ils ne se sentent pas bien. Pour cela, on utilise la méthode PECS, un système de communication par échange d’images.

Agir sur le plaisir dépend du niveau de connaissance que l’on a du jeune. Le choix de l’activité doit être cohérent avec ses centres d’intérêt. S’il adore le contact avec l’eau, on privilégie une sortie à la piscine. S’il aime être en extérieur, on opte pour une promenade dans un parc ou une balade à vélo.

Récolter un maximum d’information et de conseils auprès des familles permet de bien cerner le jeune, de comprendre comment il fonctionne, la perception qu’il a de son environnement, ses préférences… Cette étape de découverte est cruciale mais n’est toutefois pas suffisante. La connaissance du jeune doit s’enrichir au fil du temps. C’est pourquoi les intervenants sont chargés, à l’issue de chaque prestation, de reporter dans la fiche de l’adhérent les activités réalisées, les humeurs et réactions, et de signaler les éventuels troubles et facteurs de risque associés.

Enfin, la question de la sécurité est naturellement centrale dans le bien-être. Il s’agit d’anticiper ou d’éviter toute situation qui génère habituellement des troubles du comportement et des accès de violence. Les troubles amènent de l’insécurité, pour le jeune lui-même ou les personnes qui l’entourent."

Si une crise survient, que conseillez-vous pour enrayer au plus vite l’état de trouble ?

"Tout dépend du jeune. Il faut à la fois le protéger de lui-même et protéger ceux qui l’entourent. Si la violence est dirigée contre lui-même, il faut le maintenir et contenir ses gestes, de façon à ce qu’il ne parvienne pas à s’infliger de coups. S’il empoigne un objet pour l’utiliser contre lui-même, il faut immédiatement le lui retirer et l’éloigner de l’élément dangereux. Si la violence est dirigée contre les autres il faut chercher à l’isoler.

L’agitation environnante renforce l’état de crise. Il faut donc emmener le jeune dans un endroit calme, où il aura le moins de stimulation possible (foule, couleurs, agitation, …), jusqu’à ce qu’il retrouve son calme.

Certains bénéficiaires ont un traitement prescrit par leur médecin psychiatre qui peut aider à enrayer une "crise". La principale contrainte c’est que le traitement doit être administré relativement tôt pour qu’il puisse faire effet dés les premiers signes avant - coureurs d’une crise."

"Nous utilisons un scénario socio réalisé avec l’aide d’un psychologue."

Quelles techniques avez-vous mises en place pour diminuer les risques de trouble du comportement ?

"La condition de réussite est notre capacité à repérer les facteurs de risque et à gommer les troubles associés. Prenons l’exemple de l’un de nos adhérents, qui ne supporte pas le sentiment d’errance et d’incertitude. Il a besoin de connaitre précisément le déroulement chronologique de son programme. "Je vais où", "Pour faire quoi", "Par quels moyens"… Nous avons donc travaillé avec lui sur un emploi du temps qui illustre chaque étape de la journée. L’objectif est de faire en sorte que l’activité soit la moins stressante possible.

Sa deuxième source d’anxiété est le métro. C’est donc un point de vigilance majeur que nous prenons en compte dans le cadre de ses prestations. Son sentiment de stress le pousse à aller vers les autres passagers pour leur serrer la main. Un moyen pour lui de se sentir rassuré. Afin d’éviter cette réaction, nous avons mis en place un protocole qui indique la méthode d’accompagnement à suivre : tenir la main avant de monter dans le métro et tout au long du trajet, faire asseoir côté fenêtre, de préférence là il n’y personne devant lui, et récompenser à la sortie du métro. Cette technique comportementale, ou d’association d’idée, permet de transformer une situation désagréable ou négative en un moment positif.

Nous utilisons également un scénario socio que nous avons réalisé avec l’aide d’un psychologue. Ce support permet d’expliquer au moyen d’images le comportement à adopter. Pour éviter par exemple le contact physique avec les passagers sur le scénario socio il y a le dessin d’une poignée de main barrée par un signe "sens interdit". Le plus important dans les outils que nous utilisons c’est qu’ils soient adaptés et compris par les usagers.

Les pictogrammes sont très utiles également pour expliquer un parcours. Par exemple, dans le cadre d’une activité piscine, l’intervenant peut utiliser des images qui illustrent chaque étape entre le domicile et la piscine ("marcher", "metro", "piscine".) Nous exploitons ces différents outils et les adaptons à la situation de chacun pour les sécuriser, ce qui permet de diminuer les troubles du comportement."

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